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5 Mar, 2026

Issey Miyake vient de créer des lunettes de soleil à huit verres.

Issey Miyake vient de créer des lunettes de soleil à huit verres.

La plupart des lunettes de soleil ont deux verres. C’est la norme, le minimum, ce que personne ne remet en question, car pourquoi le ferait-on ? Deux verres. Deux yeux. Point final. Mais Issey Miyake Eyes vient de sortir UROKO, une paire de lunettes de soleil à huit verres

UROKO fait partie de la collection Printemps-Été 2026 d’IM MEN, intitulée « Dancing Texture », et son nom seul annonce la couleur : cette collection ne mise pas sur la sécurité. Le modèle à huit verres s’inspire des céramiques de Shoji Kamoda, célèbre céramiste japonais connu pour ses motifs caractéristiques en forme d’écailles. En japonais, « uroko » signifie littéralement « écaille », et le lien entre la céramique et les lunettes est direct, évident et, de façon surprenante, tout à fait justifié. Ici, il ne s’agit pas d’une marque qui se contente de citer un artiste.

De chaque côté de la monture, quatre verres sont disposés en séquence, évoquant les motifs d’écailles superposées des céramiques de Kamoda. Chaque verre présente une découpe concave, c’est-à-dire qu’il est incurvé vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur. Ce choix technique est ingénieux. En courbant les verres vers l’intérieur, on peut les rapprocher sans que l’ensemble ne devienne trop imposant et importable. C’est une solution pratique au sein d’une esthétique réussie, et j’apprécie particulièrement ce genre de design. La fonction se dissimule dans la forme, chaque choix étant pleinement justifié.

Le cadre imprimé en 3D subit un processus de finition qui préserve intentionnellement de légères variations de surface. Aucune pièce n’est parfaitement uniforme. Ce détail est important car il reflète ce qui faisait la renommée des céramiques de Kamoda : des surfaces qui se refusaient à une perfection lisse. Ce qui aurait pu être un simple défaut de fabrication devient un langage stylistique, un écho délibéré à la matière première. C’est le genre de détail qu’on ne remarque pas au premier abord, mais qu’on ne peut plus ignorer une fois qu’on l’a vu.

Conçue en collaboration avec Kaneko Optical et entièrement fabriquée au Japon, la monture est en titane léger, un matériau qui me semble à la fois idéal et évident. Huit verres sur le visage exigent une monture confortable, qui ne vous pèsera pas en fin d’après-midi. La finition brossée change subtilement d’aspect selon l’incidence de la lumière, lui conférant cette qualité unique de donner à l’objet une apparence différente à chaque instant. Cet effet, loin d’être fortuit, témoigne du soin apporté à sa conception.

En voyant UROKO de loin, on dirait un collier avant de reconnaître des lunettes de soleil. Ce n’est qu’en s’approchant suffisamment pour voir les charnières se replier et les formes d’écailles prendre la forme familière d’une monture que l’on comprend pleinement le concept. Ce délai, ce moment pour appréhender ce que l’on regarde, est précisément le fruit du design. Toutes les lunettes n’ont pas besoin de se faire remarquer à trois mètres.

UROKO ne se positionne pas comme une innovation optique. La marque se positionne comme un objet à porter qui fait dialoguer la fabrication contemporaine et l’artisanat traditionnel japonais, la fonction et la sculpture, un artiste qui façonnait l’argile au XXe siècle et une maison de design qui continue d’explorer de nouvelles manières de faire référence à cet héritage.

Disponibles en gris foncé et marron, et proposées en versions optique et solaire, les lunettes UROKO sont vendues au prix de 99 000 yens (environ 542 €). Ce n’est pas un achat anodin, et ce n’est pas leur intention. Elles s’inscrivent résolument dans la catégorie des objets design réfléchis, ceux qu’on achète parce qu’on a décidé de vivre avec un objet qui invite à la réflexion, même un mardi ordinaire.

L’essentiel n’est pas tant les verres eux-mêmes, mais plutôt ce qui se produit lorsqu’une équipe de conception, face à une contrainte (ici, comment rendre hommage à la vision d’un céramiste à travers des lunettes), décide d’y répondre de manière inattendue. Huit verres, c’est une réponse surprenante. Pourtant, une fois qu’on a vu UROKO en vrai, c’est presque la seule qui s’impose.

https://www.isseymiyake.com/blogs/news/18396