Vers un numérique de confiance : la résilience doit être une priorité stratégique mondiale
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Les actualités de cette dernière année ont brutalement rappelé à quel point notre monde repose sur l’infrastructure numérique : aéroports à l’arrêt, hôpitaux désorganisés, services d’urgence inaccessibles. Ces épisodes, bien plus fréquents qu’il n’y paraît, soulignent une vérité incontournable. Nos systèmes numériques sont fragiles. Pourtant, ils constituent l’ossature de notre fonctionnement collectif, public comme privé.
Dès lors, une seule question s’impose, comment faire du numérique un espace résilient face aux perturbations inévitables ? En d’autres termes, comment renforcer notre capacité à absorber les chocs pour éviter l’effondrement de services essentiels ?
Des infrastructures invisibles mais vitales
On estime que plus de 5,4 milliards de personnes, soit environ 70 % de la population mondiale, utilisent aujourd’hui Internet. Une panne informatique généralisée pourrait donc logiquement entraîner des perturbations massives. Pourtant, jamais auparavant des systèmes ayant un tel impact sur notre quotidien n’avaient été paralysés aussi longtemps, avec des conséquences économiques aussi graves. En France, la cybercriminalité a coûté environ 119 milliards d'euros en 2023, selon une estimation, marquant une hausse significative par rapport aux années précédentes.
Cette numérisation omniprésente de notre vie quotidienne souligne l’urgence de mieux protéger le réseau de services interconnectés qui rend cette interconnexion possible. Ignorer ce défi serait une grave irresponsabilité pour les secteurs public et privé.
Le facteur humain : faille silencieuse mais persistante
Les pannes majeures sont souvent causées par des erreurs humaines. En juillet 2021, une mise à jour logicielle défectueuse a temporairement bloqué l’accès à plusieurs sites de voyage, de commerce et de services financiers pendant environ une heure. Quelques mois plus tard, une erreur d’une ampleur encore plus importante a privé des milliards d’utilisateurs d’accès à des réseaux sociaux pendant plusieurs heures : une simple commande exécutée lors d’une maintenance a accidentellement désactivé toutes les connexions d’un réseau central, entraînant une panne généralisée. Ces incidents montrent que la complexité croissante de l’Internet dépasse parfois la compréhension humaine, le rendant inévitablement vulnérable aux erreurs.
Cybermenaces : l’autre visage des défaillances
Si l’erreur humaine peut être à l’origine des pannes, les acteurs malveillants et les cybercriminels guettent les opportunités de semer le chaos. Les incidents récents sont un rappel glaçant de l’impact potentiellement dévastateur d’une attaque bien ciblée.
Il y a près de dix ans, une attaque par déni de service distribué (DDoS) a paralysé une entreprise clé de l’infrastructure Internet, rendant plusieurs sites populaires inaccessibles. Plus récemment, l’attaque SolarWinds de 2019, orchestrée par des agents russes, a démontré comment des vulnérabilités peuvent être exploitées à grande échelle via des mises à jour logicielles infectées.
Construire un front uni face aux disruptions numériques
Face aux pannes mondiales, les discussions se multiplient sur les moyens de prévenir une catastrophe similaire : tests plus rigoureux, déploiement progressif des mises à jour et renforcement du contrôle qualité. Mais ni les erreurs humaines ni les cyberattaques ne peuvent être totalement éliminées. Dans un environnement numérique toujours plus sophistiqué, il faut privilégier la résilience : limiter les dégâts, garantir la continuité des opérations, et s’appuyer sur des scénarios de crise, des jumeaux numériques et des solutions robustes de protection des données. Cette responsabilité partagée exige l’engagement de tous, des législateurs aux entreprises.
En 2023, les attaques par ransomware ont bondi de 30 % en France, selon l’ANSSI, avec des impacts directs sur des infrastructures critiques comme les hôpitaux. Cette évolution n’est pas une anomalie, mais un signe des temps. La résilience numérique n’est plus un enjeu technique, mais une mission collective de continuité et de souveraineté.
Pour bâtir un numérique de confiance, capable de résister aux chocs, les organisations doivent anticiper, collaborer et renforcer leurs dispositifs de sécurité. Il ne s’agit plus de protéger uniquement des données, mais de garantir des vies, des services essentiels et la stabilité de nos sociétés.

Par Bipul Sinha, co-fondateur, chairman et CEO de Rubrik