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29 Mai, 2024

Tout le monde est suspect aujourd’hui

Tout le monde est suspect aujourd’hui

Comment repérer un voleur à l’étalage connu plutôt qu’un client innocent ?

Le vol à l’étalage est devenu un problème majeur des deux côtés de l’Atlantique, et de nombreuses entreprises se sont secrètement tournées vers la reconnaissance faciale. Peut-elle empêcher le vol à l’étalage ?

Oui, mais avec un inconvénient de taille.

L’utilité de la reconnaissance faciale pour repérer en temps réel les voleurs à l’étalage connus ne fait plus guère de doute. Sa précision a rapidement augmenté au cours des dernières années.

Mais elle n’est pas parfaite et soulève un problème plus vaste et plus philosophique : voulons-nous vraiment que notre visage soit scanné en permanence, comme un code-barres, lorsque nous faisons nos courses ?

Voici la version simple de ce système. Une liste de visages de voleurs à l’étalage et de fauteurs de troubles connus est établie. Des caméras passent ensuite en revue les visages des clients, en les comparant à la liste. Si une correspondance est détectée, la personne est souvent fouillée puis expulsée du magasin.

C’est un moyen de faire respecter une interdiction lorsque des centaines de magasins sont répartis dans tout le pays. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, de nombreux grands magasins utilisent désormais ce système.

Au Royaume-Uni, Facewatch fournit une technologie de reconnaissance faciale à plusieurs grands détaillants. Elle affirme que cette technologie permet d’éviter jusqu’à 12 000 délits par mois au Royaume-Uni mais la société reconnait qu’il s’agit d’une estimation faite à partir de ses propres données, et qu’il fallait donc la prendre avec des pincettes.

Mais l’argumentaire est clair : des commerçants exaspérés, souvent frustrés par la faible priorité accordée par les forces de l’ordre au vol à l’étalage, prennent les choses en main.

Pourtant, cela ne fonctionne pas toujours – et lorsque cela tourne mal, cela signifie que vous accusez votre client, qui se promène tranquillement dans votre magasin, d’être un criminel.

C’est ce qui est arrivé à Sara, le week-end dernier à Londres. Après être entrée dans un magasin britannique pour acheter du chocolat, elle a reçu une tape très désagréable sur l’épaule.

« En moins d’une minute, un employé du magasin s’est approché de moi et m’a dit : « Vous êtes une voleuse, vous devez quitter le magasin ». 

Elle raconte qu’après la fouille de son sac, on l’a fait sortir du magasin et on lui a dit qu’elle était interdite d’accès à tous les magasins utilisant cette technologie.

« J’ai pleuré pendant tout le trajet du retour… Je me suis dit : « Ma vie va-t-elle être la même ? On va me considérer comme une voleuse à l’étalage alors que je n’ai jamais volé ».

Facewatch a par la suite écrit à Sara et a reconnu avoir commis une erreur. Ce n’est pas très reluisant.

Le problème ne réside pas seulement dans la possibilité d’accuser à tort ses propres clients. Pour fonctionner, la technologie de reconnaissance faciale doit être en mesure de voir votre visage.

Les lunettes de soleil, les chapeaux, les masques sont autant d’obstacles qui rendent l’identification beaucoup plus difficile. À mesure que les voleurs à l’étalage se familiarisent avec la technologie, il semble évident qu’ils se couvriront le visage. Et puis quoi encore ?

Et bien sûr, nous supposons que les entreprises n’utilisent cette technologie que pour les voleurs à l’étalage connus.

En 2022, le propriétaire du Madison Square Garden à New-York et d’autres grandes salles de spectacle a été fortement critiqué pour avoir bloqué l’accès à ses salles – du moins, les avocats qui travaillaient dans les entreprises qui l’ont poursuivi. La société a utilisé la technologie de reconnaissance faciale pour faire respecter l’interdiction, à la surprise de nombreux juristes désireux d’assister à un spectacle.

Les entreprises pourraient utiliser cette technologie pour signaler toute personne qu’elles souhaitent – il n’est pas nécessaire qu’il s’agisse de criminels connus. Et c’est là que cette technologie pourrait devenir vraiment obscure.

Mais pour l’instant, son utilisation dans le commerce de détail semble être une mesure de dernier recours. Dans certaines villes américaines, le vol à l’étalage est endémique. Pour les agents de sécurité, il devient dangereux d’essayer de maintenir l’ordre dans les pharmacies et les espaces commerciaux.

De nombreux détaillants sont exaspérés. En fin de compte, si les magasins pensent que ce système va fonctionner, ils l’utiliseront.

En France, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les vols dans les supermarchés et les petits commerces ont augmenté de 14% en 2022. Un phénomène qui, en moyenne, représente un manque à gagner équivalent à 2 % du chiffre d’affaires et qui pousse, de plus en plus, commerçants et grandes enseignes à réagir.