Les sites sportifs proposent la reconnaissance faciale pour contrôler l’accès. Quels sont les risques ?
Les sites sportifs proposent la reconnaissance faciale pour contrôler l’accès. Quels sont les risques ?

Les files d’attente lors d’événements sportifs peuvent être très longues, même dans les grands stades dotés de nombreuses entrées. Afin de fluidifier le processus, le Geelong Football Club a récemment mis en place une « voie express » pour ses membres.
Au lieu de scanner leurs billets sur leur téléphone, les membres peuvent opter pour l’authentification faciale afin d’accéder au stade GMHBA, domicile du club en Australie. Ils téléchargent un selfie sur leur compte, et la technologie permet ensuite de les authentifier à l’entrée.
D’autres clubs de l’AFL (Australian Football Club) seraient en discussion avec Wicket , fournisseur américain de technologies d’authentification faciale . De ce fait, de nombreux amateurs de sport pourraient bientôt devoir se demander si cette technologie leur convient.
Ce n’est pas la première fois que l’authentification faciale est proposée dans les enceintes sportives australiennes. Lors de l’Open d’Australie de cette année, les spectateurs pouvaient s’inscrire auprès de Wicket pour un accès plus rapide.
La reconnaissance faciale permettant d’« éviter la file d’attente et d’accéder plus rapidement à sa place » promet un confort appréciable. Cependant, lorsque les consommateurs consentent à ce que ces technologies enregistrent leurs données faciales, ils doivent être pleinement informés de ce à quoi ils consentent.
La reconnaissance faciale se généralise
Les technologies de reconnaissance faciale se généralisent en Australie. Elles sont utilisées dans le commerce de détail pour suivre les clients et par la police d’Australie-Occidentale pour repérer les personnes suspectes dans les lieux publics.
L’authentification faciale est un type de reconnaissance faciale qui repose sur la fourniture d’un selfie par la personne pour confirmer son identité, plutôt que sur la numérisation de son visage dans un lieu public.
Mais cette utilisation accrue s’accompagne de préoccupations croissantes concernant la protection de la vie privée et le consentement. En vertu de la loi australienne sur la protection de la vie privée, les images faciales et autres données biométriques sont considérées comme des « informations sensibles », ce qui signifie qu’un consentement éclairé est généralement requis pour leur collecte.
En 2024, le Bureau du commissaire australien à l’information a conclu que Bunnings avait enfreint la loi sur la protection de la vie privée en n’obtenant pas le consentement éclairé de ses clients pour la collecte de données faciales en magasin.
Si le consentement est la principale garantie, la question suivante est : comment peut-on l’obtenir de manière significative ?
Qu’est-ce qui donne du sens au consentement ?
En vertu du droit australien , le consentement doit généralement être éclairé, donné librement et pouvoir être retiré. Autrement dit, vous devez comprendre ce à quoi vous consentez et avoir un véritable choix en la matière.
Pour les supporters des Geelong Cats, l’authentification faciale est entièrement facultative. Les membres peuvent la désactiver à tout moment . C’est important car cela leur permet de changer d’avis.
Une complication se pose cependant : les incitations. Si les membres du club s’inscrivent à la reconnaissance faciale, ils reçoivent 40 points de fidélité . Offrir des incitations ne rend pas le consentement caduc. Mais cela soulève la question suivante : à partir de quel moment les incitations exercent-elles une pression sur les supporters pour qu’ils s’inscrivent alors qu’ils ne l’auraient pas fait autrement ?
Lorsque des informations sensibles sont en jeu, les clubs de l’AFL doivent faire preuve de prudence quant à l’offre de récompenses telles que des réductions sur les billets, des prix ou d’autres avantages en échange de la participation. Même modestes, ces incitations risquent de compromettre la liberté de choix.
Quels sont les risques potentiels de l’authentification faciale ?
Le consentement éclairé exige également que les personnes soient conscientes des risques. Quels sont donc les risques potentiels liés à la fourniture de données faciales ?
Cybersécurité
Les récentes violations de données chez Optus , Qantas et Medibank ont démontré que même les grandes organisations sont vulnérables.
La récente fuite de données chez Origin Energy a touché environ 900 000 clients et a exposé des données personnelles, notamment leurs noms, adresses et dates de naissance.
Les informations biométriques sont particulièrement sensibles car, contrairement à un numéro de carte de crédit ou à un mot de passe, elles ne peuvent pas être modifiées.
S’il est important de ne pas surestimer les risques liés à la cybersécurité, certaines personnes peuvent souhaiter minimiser la quantité de données personnelles qu’elles fournissent aux organisations, y compris leurs données faciales.
Partage futur des données
L’idée de « consentement à vie » est un autre problème qui affecte une grande partie du consentement que nous donnons en ligne. Vous pouvez accepter une chose aujourd’hui, mais les conditions peuvent changer à l’avenir.
Ce problème n’est pas propre à l’authentification faciale. En 2023, X (anciennement Twitter) a modifié sa politique de confidentialité pour autoriser la collecte et l’utilisation des données biométriques et professionnelles. Les utilisateurs inscrits plusieurs années auparavant n’ont peut-être pas remarqué ce changement, et ne se seraient peut-être même pas inscrits si une telle politique avait été en vigueur à l’époque.
Dans le cadre d’un abonnement à un club sportif, il est important de prendre en compte : les nouvelles technologies susceptibles d’être disponibles ; les nouveaux partenariats commerciaux que le club pourrait nouer ; et les modifications qu’il pourrait apporter à l’utilisation de vos données faciales. Autant d’éléments à considérer avant de cliquer sur « J’accepte ».

Dérive fonctionnelle et normalisation
Le terme « dérive fonctionnelle » désigne le phénomène par lequel une technologie initialement conçue pour un usage précis voit son champ d’application s’étendre progressivement. Au fil du temps, ce qui commence par un simple selfie pour prouver son identité pourrait se transformer en surveillance de masse.
Aujourd’hui, les supporters peuvent utiliser la reconnaissance faciale pour accéder à un stade ou à un lieu événementiel. Une fois cette technologie bien établie, son utilisation pourrait s’étendre au marketing personnalisé, aux programmes de fidélité ou aux partenariats avec d’autres entreprises.
Un autre problème, connexe, est celui de la normalisation. Si les technologies de reconnaissance faciale se généralisent dans les enceintes sportives, les commerces ou les aéroports, elles pourraient progressivement s’intégrer à notre quotidien, où que nous allions.
Plus une technologie est répandue, moins les gens sont susceptibles de remettre en question son utilisation – et plus il devient difficile de s’en désengager.
Devriez-vous y adhérer ?
La reconnaissance faciale est de plus en plus courante dans les enceintes sportives aux États-Unis . Il pourrait en être de même prochainement en Australie.
Si cela se produit, les supporters devraient avoir le choix de l’utiliser ou non. Mais le choix ne suffit pas. Il doit être éclairé, volontaire et exempt de toute contrainte, conformément à la loi.
Les clubs et les établissements doivent communiquer clairement les avantages et les risques à leurs clients et expliquer comment ils protégeront leurs renseignements personnels, maintenant et à l’avenir.


