Le tissu anti-moustiques conforme aux spécifications militaires est également idéal pour… les fraises

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Conçu initialement pour rendre les uniformes militaires plus résistants aux piqûres de moustiques, Plant Armor s’est désormais révélé efficace pour augmenter les rendements des fraises en protégeant les plants des parasites tout en laissant passer la lumière du soleil, l’air et l’eau de pluie. Loganathan Ponnusamy

Il est difficile d’imaginer deux choses plus éloignées que les uniformes militaires et les fraises. Pourtant, il semblerait qu’elles aient un point commun : un textile appelé « Plant Armor « ou « Armure Végétale ».

Plant Armor est un tissu tricoté né d’un projet de recherche visant à rendre les uniformes militaires plus résistants aux piqûres de moustiques et plus confortables à porter. C’est ainsi que des chercheurs de l’Université d’État de Caroline du Nord ont eu l’idée de recouvrir les plants de fraisiers avec ce tissu pour en augmenter le rendement. Une idée qui peut paraître saugrenue, mais qui a fonctionné !

Les fraises peuvent sembler relativement faciles à cultiver comparées à d’autres fruits, mais une bonne récolte dépend toujours de multiples facteurs. Les conditions météorologiques, les ravageurs et la gestion de l’eau peuvent tous influencer la quantité de fruits produits par un plant. Plant Armor s’attaque à certains de ces problèmes, à commencer par la lutte contre les ravageurs.

Alors, comment ça marche ?

Le tissu est tendu sur une structure en arceau d’un mètre de haut, fabriquée à partir de tubes en PVC, formant un dôme autour des plants de fraisiers. L’installation ressemble beaucoup à une serre, mais avec une différence importante. Plant Armor est un tissu tricoté tridimensionnel et poreux qui agit comme une barrière physique contre les insectes sans pour autant enfermer complètement la plante dans un environnement contrôlé, contrairement au plastique.

On a déjà utilisé des filets à mailles fines pour protéger les cultures comme les tomates, les concombres et les choux des insectes. Mais voilà le problème : les mailles doivent être suffisamment fines pour empêcher les insectes de passer, sans pour autant bloquer la lumière et l’air. Plant Armor résout ce problème. Sa structure tricotée en 3D laisse passer la lumière du soleil, l’air et l’eau de pluie tout en empêchant les parasites d’entrer. Lors de tests en laboratoire, les pucerons n’ont absolument pas pu traverser le tissu.

Cela dit, la protection contre les ravageurs n’est pas le seul avantage de Plant Armor.

Les chercheurs ont constaté que les températures étaient constamment plus élevées sous le tissu pendant la saison de croissance, un phénomène crucial pour le concept des « degrés-jours de croissance ». En d’autres termes, les plantes ont besoin d’accumuler une certaine quantité de chaleur pour croître et produire des fruits. Le tissu maintenant un environnement plus chaud et stable, agissant comme un petit système de climatisation, les fraisiers couverts ont atteint le stade de la fructification plus tôt.

La plus grande surprise est survenue au moment de la récolte. Les fraisiers cultivés sous Plant Armor ont produit 3,56 fois plus de fruits que ceux cultivés sans protection. Le plus étonnant, c’est qu’ils ont produit beaucoup plus de fruits sans pour autant grandir ni développer davantage de feuilles.

Fraises cultivées avec (à droite) et sans le revêtement textile Plant Armor Gabriel Olawuyi

« Nous pensions que le tissu apparemment opaque de Plant Armor entraînerait une augmentation de la biomasse végétative au détriment de la fructification, car la réduction de la lumière solaire déclencherait une réaction d’évitement de l’ombre, incitant la plante à concentrer son énergie sur la croissance de la tige et des feuilles plutôt que sur la production de fruits », explique Gabriel Olawuyi, auteur principal d’un article paru dans la revue Agriculture et portant sur cette recherche. « Or, nous avons constaté que le tissu n’entravait absolument pas l’accès à la lumière et que la production de fruits augmentait significativement. »

La prochaine étape consiste à tester Plant Armor hors du laboratoire, sur des exploitations agricoles commerciales, dans différents lieux et avec différentes cultures. Si ce succès se confirme en conditions réelles d’exploitation, cela signifie qu’à l’avenir, les agriculteurs pourraient obtenir des récoltes plus abondantes plus rapidement, tout en utilisant moins de pesticides chimiques et en réduisant l’arrosage.

https://news.ncsu.edu/2026/09/how-a-new-textile-fabric-could-triple-production-in-strawberry-plants

https://doi.org/10.3390/agriculture16192084

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